Çà roule aux Ha’Paï

Mardi 13 juin, nous décidons de quitter les Tongatapu (archipel du sud) pour rejoindre les Hapaï, l’archipel intermédiaire constitué de 2 groupes d’îles, celles de l’Ouest et celles de l’Est. Au total, ce sont 61 îles dont seulement 17 sont habitées par 8000 personnes regroupées en une trentaine de villages. Cet archipel est aussi renommé car c’est ici qu’a eu lieu la révolte du Bounty ; c’est de là qu’a été laissé à la dérive le Capitanie Bligh et ses 40 marins. Il a aussi été visité plusieurs fois par le Capitaine Cook et le Capitaine Tasman, omniprésents en ces contrées.

Capture_HaPai groupe

Cible première Kelefesia, la plus au sud et la proche de nous à environ 40 milles. Le vent est portant à travers, souffle à environ 15 nœuds. Après une heure de route, le moulinet siffle et nous remontons une bonite.

P1130449

La mer se creuse vers la fin de la traversée de sorte que lorsque nous arrivons sur Kelefesia, cernée de récifs, ça déferle de partout. L’entrée est étroite, ainsi que la zone de mouillage où déjà 3 bateaux sont ancrés. Nous trouvons quand même une petite place, proche de la passe, notre poupe à moins de 30 m du récif et tout aussi proche des autres bateaux.

A côté de nous est mouillé un catamaran brésilien, skippé par Joam un brésilien gouailleur, et qui héberge un triple champion du monde de freestyle dans les vagues en planche à voile, accompagné d’un cameraman allemand. Tous les jours, il ira jouer dans les rouleaux qui déferlent sur les récifs environnants, tantôt en fun, tantôt en kite ou encore en surf. Il semble inépuisable et nous régale de ses figures ! L’île appartient et est habitée par une famille qui élève environ 160 cochons! Et fait aussi du poisson séché. Lors d’une ballade sur l’île, Charlie s’initie au masque et au tuba avec réussite. Malheureusement, l’état de la mer et le vent qui souffle fort nous empêcheront d’explorer plus avant les lagons et récifs qui encerclent l’île.

CaptureKelefesiaP1130444P1130463P1130547P1130566P1130524

La houle entre, le vent se renforce, nous sommes secoués toute la nuit : ça roule, ça tangue ! Nous y resterons 3 jours et 4 nuits, changeant de mouillage au gré des départs et arrivées des autres bateaux, mais cela restera tout de même inconfortable. Vahini nous rejoint le lendemain de notre arrivée.

P1130431DSCN3243DSCN3242P1130482P1130559

Un matin le vent ayant un peu faibli et la mer apaisée, nous décidons avec Vahini de lever l’ancre pour Nomuka, à quelques 20 milles, dans l’espoir d’un mouillage plus calme, et donc la promesse de repas et de nuits moins agitées. Il y en fait encore 2,5 à 3 m de houle, mais nous la prenons de trois-quart arrière. Le moulinet se met à siffler, branle-bas de combat sur Keops. Malgré le frein serré à fond, le fil file : 50 m … 100 m .. 150 m… 200 m pas moyen d’arrêter ça … et puis clac ! Cassé ! Heureusement, ça a cassé juste au niveau de l’hameçon de sorte que nous récupérons notre calamar leurre et toute la longueur de tresse. On ne saura jamais ce que c’était. Arrivés à Nomuka, nous tournerons environ 2 heures pour trouver en vain un mouillage sécurisant et confortable. Entre temps, nous avons remis un leurre à l’eau et nous prenons un beau barracuda que nous rejetons car il est réputé gratteux. Pas de poisson au repas ce soir. Nous finissons par mouiller en plein vent juste derrière la barrière de récif. Venté … très venté et moyennement agité .. mais les eaux autour ont une magnifique couleur bleu. Nous resterons 36 heures à cet endroit, de plus en plus secoués, et sans possibilité de mettre l’annexe à l’eau ou encore de se baigner : lecture, film, dessins animés, jeux. Nous ne verrons l’île que de loin. C’est parfois ça aussi la plaisance !

P1130591

P1130610

Mercredi 20 juin : c’est beau, allez on se casse ! Comme dirait Coluche. Destination Ha’Afeva. Là c’est sur, le mouillage sera confortable ! Nous naviguons bon plein, essuyant quelques beaux grains avec 35 nœuds de vent, les voiles sont réduites au maximum. A la moitié du parcours, nous sommes protégés par les îles et la barrière à l’est, la mer est plus plate. Ffffuuiiiii, le moulinet siffle fort ! Thierry met le harnais et se saisit de la canne. C’est reparti : 50 m …100m … 150m … de fil qui filent. Pendant ce temps, Ophélie se charge d’enrouler toutes les voiles et mettre le moteur en marche. Au détriment des gants, Thierry arrive à freiner le fil qui s’échappe puis à l’arrêter. Commence le dur labeur de tenter de remonter tout ça. Décimètre par décimètre, avec quelques pause pour soulager les bras qui se tétanisent, et parfois plusieurs dizaines de mètres de re-perdus quand le poisson décide de se montrer plus combatif. Un moment ça saute au loin mais pas moyen d’identifier le poisson. Au bout de presque 3/4 d’heure, le poisson est proche : c’est un espadon, qui doit mesurer environ 1,6 m. Et il se bat avec d’autant plus de véhémence qu’il approche. Ca y est, il semble épuisé, nous allons tenter de le remonter à bord. Mais, le bas de ligne en main, nous donnons un peu de mou le temps d’une seconde, et d’un seul coup de tête et de rostre, voilà notre prise qui coupe la ligne et s’échappe … avec notre leurre. Adios ! Ce sera pâtes au ketchup encore ce soir ! Grosse déception dans l’équipage. En guise de consolation, le mouillage à Ha’Afeva s’avère en effet tranquille.

Jeudi 21 juin, c’est la fête de la musique en France, on imagine une nuit douce et chaude qui s’étire, des rues bondées, animées, vibrant au rythme des concerts, des petits groupes installés dans les ruelles et bars des villes, des danses, des rencontres, des découvertes, des rires, des sons, des mélodies et paroles qui vous transpercent, transportent, bref la fiesta de la musica ! Que de contraste avec l’ambiance paisible du mouillage de Ha’Afeva, inhabitée sur sa partie ouest, où seuls Vahini et Kéops sont ancrés face à un petit récif corallien et à l’île aux petites plages de sable fin et à la végétation abondante. Nous sommes bien abrité de l’alizée qui a tourné à l’Est, l’eau est limpide et turquoise et nous avons enfin passé une nuit paisible. Alors ne soyons pas nostalgiques… Nous nous préparons à rejoindre le village pour nous avitailler quand soudain, le coin s’anime ! Un cargo jette l’ancre pas loin de nous pour livrer d’énormes tanks de récupération d’eau sur l’île. S’en suit des allers-retours d’une plate et d’un des deux véhicule de l’île, un petit camion benne. C’est aussi le jour du passage du ferry, quelques habitants acheminés par le camion benne déchargent sur le wharf cochons vivants en cages sommairement cloutées, des végétaux, glacières, meubles…Bref, ça bouge aussi à Ha’Afeva. Il nous faut 20 minutes pour traverser l’île en empruntant un petit chemin de terre et rejoindre le village situé sur la côte au vent de l’île. Nous découvrons quelques plantations de bananiers et de tarot, des arbres à pins, des cochons, poules et chèvres en liberté, des vaches paissant sous des manguiers en fleur, une petite décharge à ciel ouvert composés de canettes et bouteilles en plastiques (pas de déchets électroménagers ou électroniques). Escortés par une bande d’enfants, nous faisons le tour du village à la recherche d’une épicerie. Les habitations sont construites le long de la plage, au total 200 habitants y résident. Autant dire que nous faisons immédiatement une croix sur le repas que nous avions imaginé prendre sur place, nous pensons nous rattraper sur des bananes ou autres victuailles. Mais finalement non! Nous visitons les 3 épiceries, pas de légumes ou fruits, ou frais, nous dégotons des paquets de gâteaux, de l’ananas en boite et deux cuisses de poulet local congelées (Ophélie a pris sur elle pour oublier ses cours de microbiologie en le faisant surcuire en cari poulet, il s’est avéré excellent). Nous sommes loin loin loin de l’abondance des « Park and Save » kiwis. Ici, les habitants sont auto-suffisants d’un point de vue alimentaire, et seuls quelques denrées sont importées et commercialisées dans les épiceries. Bref, nous nous contentons pour le déjeuner d’un paquet de chips et de cacahuètes locales grillées. Nous rencontrons la toubib du village, mutée de force par le gouvernement pour une durée de 4 ans en contrepartie du financement des ses études en NZ. Pas un malade au dispensaire en ce moment, pas de surmenage a priori. Au retour, petite sieste puis baignade du bateau. Charlie souhaite pour la seconde fois utiliser le masque et le tuba. Nous n’en avons qu’en taille adulte, mais il fait avec ! Pas de concert ce soir à Ha’Afeva, mais le spectacle des cages en bois contenant les cochons treuillées sur le ferry. C’était quand même Rock’n Roll.

P1130619P1130633P1130623P1130629P1130639P1130641P1130652P1130656P1130666P1130671

S’en suit 3 journées de bullage toujours au mouillage de Ha’Afeva, contraints par une météo peu favorable pour rejoindre Pangaï, capitale des Ha’apaï où nous espérons enfin pouvoir nous ravitailler. Nous tentons une sortie par 30 nœuds de vent de face et une forte houle au moteur, et impressionnés par « les montagnes russes », nous préférons renoncer. Pas la peine de se faire chahuter ou d’éprouver le bateau, demain sera un autre jour. La météo est d’une couleur gris maussade, mais l’eau est bonne. Charlie (plus qu’assisté de Thierry) pêche ses 3 premiers poissons à la ligne : des succulents picots gris et s’empresse d’accrocher les émotions « fier » et « content » dans sa cabine, ce qui illustre bien son état d’esprit! Pour tout dire, il nous sauve car le menu d’hier soir était patates au four et pancakes en dessert, nous puisons dans nos réserves de sec.

P1130682P1130701

Publicités

3 réflexions sur “Çà roule aux Ha’Paï

  1. Il en prend de la graine votre petit Cousteau hein ! 🙂
    Ah, ces îles… Vos photos me rappellent Ouvéa. Ce turqoise ! Et ce blanc !
    Boum ! les tournois de joute de la Saint Pierre commencent… Et oui, voilà l’ambiance du moment à Sète ! Re-boum, les goëls s’affolent …
    Grosses bises et continuez à relater votre beau voyage et vos aventures à la pêche au gros !

    J'aime

    1. Merci Agnès pour ton suivi indéfectible et tes encouragements à poursuivre la rédaction du blog! C’est un plaisir pour nous de partager nos aventures avec vous! On imagine bien l’ambiance sétoise en ce mois de juillet. Profitez bien de la plage, des longues soirées, des petits concerts et des tapas. A très bientôt.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s